Publié le 14 Juillet 2012

2H58, quelque chose m’a réveillée…

Je respire profondément, change de position, replace mon oreiller, remonte le drap, et me blottis au chaud, tout contre Monsieur Zouille.

Et c’est alors que je la sens ; discrète, mais bien présente. C’est elle qui m’a réveillée, cette petite douleur dans le bas ventre. Je sais déjà ce qu’elle annonce : demain, mes règles seront là, encore… Je soupire, et tente de retrouver le sommeil.

J’ai suivi sur twitter quelques échanges sur #TeamBébé2012 et #TeamBébé2013.

Avec Monsieur Zouille, nous avions pris une inscription, pour l’édition 2011. Mais une sortie de route, en tout début de parcours, nous a contraint à l’abandon, beaucoup trop tôt…

Nous avons tout de même gardé le moral, et nous n’avons jamais arrêté l’entrainement ! En toute modestie, je crois que l’on peut dire que nous formons une bonne équipe tous les deux, solide ! Et puis, ça fait quelques années maintenant que nous pratiquons, en loisirs, tout en parlant et en rêvant du jour où nous prendrons le vrai départ. Nous avons pris notre temps, c’est vrai : il y a des petits chemins de traverses, difficilement accessibles une fois qu’on est engagé pour de bon dans le parcours officiel, que nous voulions prendre le temps d‘explorer, avant… Il y a d’ailleurs des lieux ainsi découverts où nous nous sommes promis de revenir, plus tard, même engagés dans la compétition. Peu à peu, notre projet a ainsi pris forme, notre stratégie s’est affinée, et nous avions donc décidé de prendre une inscription pour l’édition 2011, tout heureux du challenge que nous nous apprêtions à relever…

Depuis, nous attendons chaque mois de savoir si notre demande d’inscription va être retenue. Et nous parlons souvent de ce jour où nous connaitrons de nouveau l’excitation du départ imminent. Nous envisageons les difficultés qui se présenteront peut-être, les soutiens possibles, et la façon dont nous pourrions gérer les différentes variantes possibles de ce magnifique parcours…

Beaucoup autour de nous, s’étonnent que nous n’ayons pas encore franchi la ligne de départ. Je pense même que certains se demandent si nous avons réellement envie de participer…

Mais oui, nous en avons envie ! Nous aimerions pouvoir de nouveau franchir la ligne de départ, et vivre toutes les émotions de cette merveilleuse compétition…

Hier, Monsieur Zouille m’a dit qu’il fallait peut-être que nous envisagions de changer de catégorie, qu’il avait entendu parler de techniques d’entrainement donnant des résultats, une sorte de dopage, encadré… Et puis, il m’a dit aussi que si cela ne fonctionnait pas, il y avait d’autres compétitions possibles, avec un parcours très différent auquel on ne pense pas forcément d’emblée, mais après tout pourquoi pas… Je sais bien : de par mon métier j’ai été amenée à accompagner certains sur ces sentiers parallèles, de façon plus ou moins heureuse d’ailleurs…

2H58, j’ai mal au ventre, et je n’arrive pas à dormir…

Publié le 1 Juillet 2012

Elle a l’air désemparée quand elle me voit entrer en lieu et place de son médecin habituel, et je la vois qui réfléchit, qui hésite…

Je suis fatiguée, et pressée ; c’est vendredi après-midi, la dixième visite de la journée, mais pas la dernière... Je m’apprête à lui dire que, si elle préfère, et si ça peut attendre le retour de son médecin, ça ne me dérange pas de repartir. Je l’ai déjà fait, ailleurs. Je déteste m’imposer à des gens qui manifestement ne souhaitent pas avoir affaire à moi. Et puis il faut que j’embraye, le temps presse…

Mais finalement, je ne dis rien. Je respire profondément, j’essaie d’oublier la liste des visites qu’il me reste à faire, et de me mettre au rythme de cet intérieur calme dans lequel je viens de pénétrer. Je laisse passer quelques instants, je lui souris. Je me présente, et lui demande doucement pour quelle raison elle a demandé la visite du docteur.

Elle cherche ses mots, et me dit : « Ca va être difficile à tout expliquer ». Sa voix déraille, et je perçois un accent. Elle me dit de m’asseoir, et s’assoit juste à côté de moi, à quelques centimètres. Je me demande un instant si elle ne va pas me prendre la main. Puis elle se lance, me raconte.

Il me faut quelques phrases pour m’habituer à sa façon de parler : son accent polonais reste très marqué malgré les décennies passées en France ; et surtout sa voix, qu’elle doit forcer pour la rendre audible, passe de trop aiguë à trop grave. Je la fais répéter, un peu, au début, puis je m’accroche au fil de son histoire.

Elle a raison, c’est compliqué à tout expliquer… Je pose quelques questions, mais globalement c’est elle qui me livre d’elle même, peu à peu, les informations essentielles.

Et je comprends ; je comprends qu’il y a un peu plus de 10 ans, on lui a retiré tout l’œsophage à cause d’un cancer. Je comprends que depuis, manger est devenu difficile ; plusieurs sténoses ont dû être dilatées. Ca fait des années qu’elle mixe tout, ne mange plus que purées, et autres bouillies. Mais depuis quelques jours, de nouveau, c’est pire : il n’y a plus que l’eau et la soupe qui passent. Elle me dit qu’elle pèse 35kg, qu’elle en pesait 55kg, avant, mais qu’elle est déjà descendue à 32…

J’appelle le service de gastroentérologie de l’hôpital où elle est suivie. On pourra la prendre en charge lundi matin, à jeun, pour une fibroscopie. Je prépare le courrier, et ne peux m'empêcher de penser que la fibroscopie est un examen qui doit être particulièrement désagréable.

Elle reste maintenant silencieuse à côté de moi. Son désarroi semble avoir laissé place à la lassitude ; son regard bleu est triste.

Je lui dis qu’elle m’a très bien expliqué, que j’ai parfaitement compris. Elle me sourit, et me dit que c’est parfois difficile de se faire comprendre, au quotidien. Sur la table est posé un cadre avec la photo, un peu jaunie, d’un homme qui paraît encore jeune. Il doit être celui qui a partagé sa vie, mais qui est parti trop tôt ; les travailleurs de la mine font rarement de vieux os… Elle est si frêle, si seule, si vieille… Elle me dit encore qu’elle aurait préféré éviter toutes ces interventions, depuis 10ans. Elle voudrait bien que tout cela soit fini, mais Dieu jusqu’à maintenant n’a pas voulu…

Je repars vers ma onzième visite. Il faut que je reprenne le rythme nécessaire pour boucler cette trop longue tournée. Je suis contente de cette petite parenthèse où j’ai pu prendre le temps d’entendre. C'est pourtant la base de mon métier, prendre le temps d'entendre, mais parfois plus compliqué qu’il n’y paraît…